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Les Cris, la suite

Les Cris, la suite

Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Ce que la littérature doit à Yasmina Khadra

Publié par Les Cris, la suite sur 29 Juin 2014, 15:43pm

Catégories : #Le Café des Artistes

''Il n'y aura de salut sur notre terre que
le jour où nous aurons compris l'impératif
pour les peuples de se parler, de se connaître
et de s'enrichir les uns les autres.
Nous n'accéderons à la maturité qu'à
ce prix.''

(Yasmina Khadra)

Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, nait dans le Sahara algérien en 1955, d’un père infirmier et d’une mère nomade. Dès 1956, son père rejoint les forces armées de l’ALN (l’Armée de libération nationale), et à neuf ans le jeune Mohammed est confié à l’Ecole Nationale des Cadets de la Révolution. Destiné à devenir officier, le jeune garçon grandit avec la guerre d’Algérie (1954-1962). Il intègre ensuite l’Académie Inter-Militaire de Cherchell, puis embrasse une carrière militaire, qu’il abandonnera en 2000 avec le grade de commandant.

En dépit de sa carrière militaire, Mohamed Moulessehoul est passionné d’écriture depuis toujours, et abandonne sa carrière. Cette vocation, il la perçoit comme un héritage venant de sa mère, conteuse dans sa tribu saharienne. Mais trente-six ans de vie militaire laissent inévitablement des traces et Mohamed Moulessehoul se sent malgré lui censuré, étouffé, privé de sa liberté d’écriture. Il lui faut un pseudonyme, une nouvelle identité pour écrire au monde ce qu’il a à dire, pour se sentir enfin libre. Alors, sa femme lui offre ses deux prénoms comme un second échange d’alliances : Yasmina Khadra. Un nouveau nom pour raconter des histoires, raconter le monde, raconter les Hommes…

Une grande partie de ses romans se déroule en Algérie (Ce que le jour doit à la nuit, le Quatuor algérien : recueil de 4 polars). Il y raconte son pays, entre douceur de vivre et effusions de sang et relate la période inavouable, impensable, de la Guerre d’Algérie, loin de toute conception manichéenne. Très attaché à son pays et concerné par son devenir, il a pris la décision de se présenter à l’élection présidentielle d’avril 2014, face au président sortant, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 14 ans. Il sait très bien qu’il n’a aucune chance d’être élu mais il se porte candidat dans l’espoir de « faire changer les choses ».

Quelques autres livres se passent au Moyen-Orient (Les Hirondelles de Kaboul, l’Attentat, Les Sirènes de Bagdad.… ). Au-delà d’une volonté de faire connaître le contexte tendu de cette région du monde, c’est le destin en perdition des citoyens qu’il retranscrit : entre perte de repères, perte de confiance en les autorités, dévalorisation de leur nation et de leur pays à l’échelle internationale, repli sur soi, violence sous-jacente… Le lecteur entrevoit combien il est facile de basculer un jour dans des comportements que l’on pensait révoltant la veille encore…

L’écriture de Yasmina Khadra est riche, fournie, presque lyrique par certains aspects. Des métaphores surprenantes et imprévisibles imagent ses propos, entre journalisme et poésie, sublimes jusque dans les images les plus atroces. Ses romans sont universels, parce que reflétant la nature humaine profonde, entre violence inhérente et amour inconditionnel. Sans dualisme, sans jugement de valeur, il montre avec pudeur que chacun a en lui une part d’ombre et de lumière, l’une ne prenant jamais définitivement le dessus sur l’autre…

Anouk R. (Article publié dans Les Cris n°5)

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