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Les Cris, la suite

Les Cris, la suite

Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Un monde de plastique

Publié par Les Cris, la suite sur 14 Octobre 2015, 16:02pm

Catégories : #Le monde d'aujourd'hui

« Seuls nous les hommes sommes capables de produire des déchets que la nature ne peut pas digérer », tels sont les mots de Charles Moore, navigateur océanographe lorsqu'il découvre en 1997, par hasard, une gigantesque étendue de plastique dans le Pacifique Nord, une infime partie de ce que les scientifiques appellent désormais le « 7ème continent ».

Un septième « continent » ?

En effet, on estime, au minimum, à près de 269 000 tonnes de déchets constituées de 5 000 milliards de particules de toutes tailles présents à la surface des océans, transportés par le vent, les rivières ou les navires (lire la déchétéria, Les Cris n°9 p.3).

Les « gyres océaniques », ces énormes tourbillons d'eau océanique formés d'un ensemble de courants marins, décrivent un mouvement en spirale. Ils s'enroulent dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère nord et inversement dans l'hémisphère sud, selon le principe de Coriolis (rotation terrestre), et regroupent peu à peu les plastiques. Conséquence ? Les déchets s’accumulent dans d’immenses zones de convergence des cinq grands bassins océaniques. Par exemple la zone de l'océan Pacifique nord, appelée « Great Pacific Garbage Patch », couvre environ 3,4 millions de km² soit 6 fois la superficie de la France.

Les plastiques se détériorent avec l'érosion des vagues, l'oxydation, ou les réactions photochimiques pour former des morceaux de taille allant jusqu'au micromètre. Cela constitue une véritable "soupe plastique" sur les océans et depuis 1970, la concentration de microparticules aurait triplé dans les eaux de surface.

En 2010, au large des Etats-Unis dans l'Atlantique Nord, une nouvelle plaque de déchets a été découverte. Dans cette zone, de taille comparable à celle présente dans le Pacifique, les eaux renferment jusqu'à 200 000 débris par km2. L'expédition MED (Méditerranée en danger) évalue à une moyenne de 115 000 particules par km2 les déchets qui contaminent la mer Méditerranée. Le risque est grand de voir augmenter ces quantités puisque la Méditerranée est une mer quasi-fermée.

Du plastique dans nos assiettes ?

Il y en aura pour tout le monde ! Par leur taille, leur forme ou leur couleur, les plastiques constituent une grave menace pour toute la chaîne alimentaire de l'écosystème marin. De plus, par sa capacité à absorber certains produits nocifs comme les pesticides, les fongicides ou les métaux lourds, le plastique devient fatal pour les animaux pensant manger des proies organiques. D'ailleurs, les êtres vivant au bas de la chaîne alimentaire comme les zooplanctons qui ingèrent du plastique (de la taille du micromètre) peuvent aussi transmettre aux espèces du haut de la chaîne alimentaire qui les mangent, dont l'Homme, ce cadeau empoisonné.

La « plastisphère » est donc un problème écologique majeur. Ces déchets s'accumulent dans l'appareil digestif des oiseaux de mer, tortues, phoques ou baleines et peut provoquer leur mort. Ces cas sont loin d'être isolés...

Un nouvel écosystème marin

Tracy Mincer, biochimiste à l'Institut océanographique de Woods Hole (Etats-Unis) précise que « la diversité bactérienne retrouvée sur le plastique induit un véritable cycle de vie ». Les déchets plastiques (non organiques) sont colonisés par plus d'un millier d'espèces de bactéries et de micro-algues unicellulaires. Un véritable écosystème singulier prend forme. Ils vivent en symbiose entre eux dans un milieu que l'on pouvait penser stérile jusqu'à sa découverte par le scientifique Erik Zettler dans l'Atlantique Nord. Ainsi est née la « Plastisphère ».

Sur des débris plastiques, ces organismes colonisent peu à peu un nouveau territoire donnant naissance à un monde vivant qui émerge de ces nouvelles interactions entre micro-organismes. On y trouve même des bactéries jamais détectées dans de l'eau de mer !

Ce nouveau monde vivant pourrait bien être capable de modifier l'équilibre des couches superficielles des océans. Ces organismes se retrouvent à la surface des plastiques et sont emportés par les courants marins. Cela pourrait contribuer au transfert, du Sud vers le Nord, de maladies tropicales ce qui favoriserait la propagation de maladies telles que le choléra, comme tentent de le démontrer certaines études actuelles.

La face cachée de l'iceberg

Des études récentes montrent que la concentration en plastique dans les gyres océaniques est inférieure à ce qu'elle devrait être. Plusieurs mécanismes pourraient expliquer ce phénomène. Les organismes vivant sur le plastique diminueraient sa flottabilité l'entraînant alors vers le fond des océans. Une autre partie serait ingérée par certaines espèces marines. Sa détérioration le rendrait trop petit pour être détecté par les filets standards d'analyse ou bien il existerait bel et bien des bactéries susceptibles de dégrader les plastiques. Au fil du temps, les courants marins emportent ces petits fragments les dispersant peu à peu dans tous les océans et sur tous les littoraux du monde.

En effet, une publication très récente tend bien à confirmer cette hypothèse. Les « gyres » semblent agir comme des « broyeurs » de gros morceaux de plastique, après quoi les micro-plastiques sont éjectés par les courants partout dans les océans. Tous les océans mais aussi les littoraux sont désormais concernés par cette « pollution massive » surtout si l'on tient compte du fait que certains plastiques seront présents sur les océans plusieurs siècles avant de se dégrader. Faudra-t-il alors attendre la pénurie de pétrole à venir pour connaître des océans plus propres ?

Guillaume P.

Article publié dans Les Cris, n°11, avril-mai 2015.

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