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Les Cris, la suite

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Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Vers l'indépendance de la Catalogne ?

Publié par Les Cris, la suite sur 23 Novembre 2015, 12:38pm

Catégories : #Le monde d'aujourd'hui

L'Estelada, le drapeau indépendantiste catalan
L'Estelada, le drapeau indépendantiste catalan

Des élections régionales se sont déroulées le 27 septembre dernier dans la région autonome (Generalitat) de Catalogne en Espagne. Ce scrutin a été marqué par une participation de plus de 75 % des électeurs. Le parti indépendantiste catalan aussi appelé « Junts pel si » (Ensemble pour le oui), qui regroupe indépendantistes de gauche et nationalistes de droite, a remporté le scrutin avec 72 députés sur 135 au Parlement de Catalogne, un résultat à la hauteur de ses espoirs.

Quel est le mot d'ordre de ce parti ?

La liste « Junts pel si » s’est engagée officiellement à déclarer l’indépendance de la Catalogne. Après une première phase de la législature qui sera consacrée à la construction de « structures d’état » permettant un transfert de souveraineté de l'Etat espagnol vers « l'Etat de Catalogne », les indépendantistes ont promis la tenue d’élections constituantes dans un délai maximal de 18 mois. L'objectif est clairement de se diriger vers l'indépendance de la Catalogne, la région la lus riche d’Espagne et peuplée de 7,5 millions d'habitants (pour un total de 47 millions d’habitants).

Un « coup d’Etat » ?

En Espagne, plusieurs partis politique notamment à droite, ont présenté les indépendantistes Catalans comme des « rebelles » et des « hors-la-loi ». Ils ont ainsi énoncé le fait qu'une déclaration d''indépendance représenterait un «coup d’État » en ce qu'elle briserait l'ordre constitutionnel et l'unité espagnol d'autant que les « unionistes » ne cessent de pointer le manque de légitimité de la majorité parlementaire indépendantiste élue.

En effet, les deux listes favorables à la sécession, c'est-à-dire la séparation de la Catalogne du reste de l'Espagne, Junts Pel Sí, qui regroupaient le centre-droit, la gauche républicaine et les associations indépendantistes, et la CUP, parti sécessionniste de gauche radicale, ont en obtenu 47,8% des voix aux dernières élections. Il manque donc 80.000 voix aux partisans de l'indépendance pour être majoritaires au Parlement catalan. Or, le président de la Generalitat (le gouvernement catalan), Artur Mas, avait proclamé que les élections régionales du 27 septembre étaient « plébiscitaires » autour de la question de l'indépendance.

Le refus du droit à l’autodétermination

L'Union Européenne et la Communauté internationale soutient la position « unioniste » en espérant que les indépendantistes abandonneront leur projet, faute de soutiens extérieurs. Même le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a récemment refusé le droit à l'autodétermination des Catalans, suivant ainsi les pas de l'UE et de la plupart des grands pays. Mais là encore, cette manœuvre semble vouée à l'échec face à la légitimité démocratique des partis indépendantistes en Catalogne.

D'autant que cet argument est juridiquement faible : Ban Ki-Moon affirme que la Catalogne ne fait pas partie des « territoires reconnus par les autorités comme « non-autonomes » » (voir annexe sur l'économie catalane pour plus d'information).

Mais, c'est aussi le cas de l’Écosse, du Québec et du Monténégro, qui sont des anciennes régions d'un État membre de l'ONU et où se sont déroulés des référendums d'autodétermination au cours des dernières années (en septembre 2014 pour l'Ecosse). Et, dans le cas monténégrin, malgré un référendum contesté par la Serbie notamment, l'ONU a reconnu le nouvel État sans difficulté en 2006. Bref, tout ceci semble d'abord des manœuvres d'intimidation qui sont contre-productives : la stratégie juridique de « criminalisation » de l'indépendantisme catalan semble donc être une impasse .

Une « République catalane » indépendante ?

Un nouveau gouvernement sortira des urnes en Espagne en décembre prochain et pourrait tenter de négocier une autre sortie à la crise politique entre Madrid, la capitale de l'Espagne, et Barcelone, la capitale de la Catalogne.

Cependant, Artur Mas a répété à l’envie qu’il ne discuterait avec l'Etat espagnol que d’une chose : de l’indépendance. Pas question de revenir sur de simples concessions fiscales ou sur une renégociation du statut d’autonomie. Il a cependant souligné qu’il serait prêt à retarder l’application de la « feuille de route » vers l'indépendance si le gouvernement espagnol lui proposait d’organiser un véritable référendum, avec des garanties légales, tout en soulignant qu’il n’y croyait pas. Conséquence du résultat des élections du 27 septembre 2015 et signe politique fort, le 9 novembre dernier, le Parlement catalan a adopté une résolution visant à créer une « République catalane » indépendante de l’Espagne dès 2017.

Une future indépendance de la Catalogne menacerait l'unité de l'Espagne ainsi que l'intégrité territoriale de la France dans le sens où les régionalistes catalans lorgnent sur la « Catalogne française » (qui correspond en partie au département des Pyrénées-Orientales dans la future région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon). De plus, cela donnerait du crédit à des régions avec des velléités « sécessionnistes » comme l'Ecosse avec le Royaume-Uni ou la Flandre avec la Belgique.

Souhail EB. (Article publié dans Les Cris n°14, novembre-décembre 2015)

*Annexe :

La Catalogne est la partie la plus industrialisée de l'Espagne. L'économie catalane représente environ un cinquième de l'économie espagnole (19% du PIB global). La répartition des secteurs est la suivante :

secteur primaire: 2,8%;

secteur secondaire: 37,2% (Espagne: 29%);

secteur tertiaire: 60% (Espagne : 67%).

En outre, le PIB par habitant en Catalogne est supérieur à la moyenne nationale et le taux de chômage est le plus faible d'Espagne.

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