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Les Cris, la suite

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Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Résister par la culture à l'oppression et à la guerre en Syrie

Publié par Les Cris, la suite sur 2 Mai 2016, 12:58pm

Catégories : #Le monde d'aujourd'hui

Résister par la culture à l'oppression et à la guerre en Syrie

Aujourd'hui, il est quasiment impossible de parler de la Syrie sans évoquer le conflit que le pays connaît depuis plusieurs années. Le terme « Syrie » évoque automatiquement la guerre, la terreur, la violence et le terrorisme, au détriment de ce qui faisait depuis de longues années, sa richesse et sa notoriété : sa culture.

Du fait des diverses civilisations qui ont laissé des traces sur ses terres (les Phéniciens, Hébreux, Arméniens, Romains, Perses, Grecs et Arabes), la Syrie a hérité d'un riche patrimoine culturel. En effet, le pays à l'une des cultures les plus anciennes au monde et a été pendant longtemps le berceau de l'art au Moyen-Orient. La Syrie est par exemple le pays où la musique a été transcrite en notes.

Son important héritage historique a été en partie détruit par la guerre civile mais des Syriens parviennent à protéger l'art malgré la situation d’oppression et de guerre qu’ils vivent.

Une société syrienne sensible aux arts

Si la musique est importante chez le peuple syrien, le cinéma, la littérature et la cuisine le sont tout autant. Du point de vue musical, même si de nombreuses interprètes de la musique arabe sont originaires des pays voisins comme les grandes chanteuses égyptienne Oum Kalthoum (1898-1975) ou la libanaise Fayrouz (née en 1934) dont les chansons sont très appréciées chez les Syriens, Farid el–Atrache (1910-1974), chanteur syro-égyptien, a marqué l'histoire de la musique, grâce son talent particulier pour le Oud (sorte de guitare arabe).

De grands chanteurs ont eu des succès notoires dans la seconde moitié du XXème siècle comme Fayza Ahmed (1934-1983), ou encore Omar Sarmini (né en 1962) qui sont considérés, encore à l'heure d'aujourd'hui comme des icônes de l'art vocal citadin arabe.

Dans l'ombre de son concurrent égyptien, la Syrie produit notamment de nombreux films qui sont exportés dans les pays voisins, mais aussi jusqu'au Maghreb. Nous pouvons citer le premier véritable film syrien, « Sous le Ciel de Damas » d'Ismaël Anzour, sorti en 1931. Par ailleurs, « Al Muttaham al Baree » (Le suspect innocent) de Rachid Jalal (1928) et Le Léopard, de Nabil el-Maleh (1972) sont aussi considérés comme de très grands succès.

Une culture qui perdure dans l’exil

Une grande majorité d’artistes syriens s'est enfui du pays et a immigré dans les pays voisins, comme le Liban, la Jordanie, la Turquie ou alors, pour les plus aisés, dans les pays occidentaux. Pour exprimer leur douleur de voir leur pays ensanglanté, beaucoup se tournent vers l'art moderne, tout en gardant une certaine authenticité avec l’influence de l'art syrien.

Plusieurs festivals se tiennent en Europe où les artistes expatriés interprètent les grands classiques de la musique syrienne ou encore de nouveaux morceaux revisités. C'est le cas pour le Festival des Musiques de l'Exil où trois artistes (Waed Bouhassoun, Ibrahim Keivo, Hamam Khairy) chantent dans les diverses langues des communautés du pays (l’arabe, le kurde, l’arménien, l’araméen, le tcherkesse et le turkmène) des poèmes d'amour de la période pré-islamique.

Le groupe Interzone (un groupe de musique franco-syrien) mélange l'acoustique du folklore syrien et l'électrique de la musique occidentale en combinant la guitare et le oud, un instrument de musique à corde, très prisés chez les Arabes.

L'art engagé contre les bombes

En 2015, le jeune artiste Rabee Kiwan présente à la Galerie Lab 44 à Paris une multitude de tableaux représentant des passeports de réfugiés qui relatent à la fois le parcours d'une expérience collective touchant aujourd'hui des millions de syriens, mais aussi un questionnement sur l'identité et l'appartenance à un territoire.

Tammam Azam, diplômé des Beaux-Arts de la faculté de Damas, vivant aujourd'hui à Dubaï (EAU), utilise lui aussi l'art contemporain pour dénoncer la guerre qui détruit son pays natal, notamment avec des graffitis qui rappellent l’œuvre de l'artiste Banksy (qui graffe sur les murs en ruines de Gaza) dont sa fameuse représentation de la carte de la Syrie ensanglantée (« Bleeding Syria »).

Il ne faut aussi pas oublier l'engagement des nombreux poètes syriens dont le plus connu est peut-être Omar Youssef Souleiman (né en 1987) qui a étudié la littérature arabe à l'université de Homs. Il a été durant 4 ans un correspondant de la presse syrienne pour plusieurs journaux arabes et a participé, dès le début des révoltes en 2011, à des manifestations pacifiques. Il a ainsi été recherché par les services de renseignements syriens ce qui l'a forcé à se réfugier en France pour continuer à écrire ses livres et ses poésies. Il écrit dès son arrivée en France le poème intitulé La Tombe du réfugié qui commence par :

« Demain quand je serai vieux,

des jeunes réfugiés d'un pays lointain me rendront visite,

leurs paupières la liberté,

leurs yeux les étoiles,

leurs bras des mots ».

Les artistes syriens continuent alors de produire et de diffuser cette richesse à l'étranger dans le but de la faire connaître et la conserver mais aussi pour résister et dénoncer la violence d'un régime autoritaire et l’absurdité d’une guerre destructrice. C'est un tout nouvel art syrien combiné au modernisme occidental qui naît de l'imagination pleine d'espoir, de souffrance et de renouveau d’artistes syriens et dont la barbarie n'aura pas raison.

Lamiae-Leina M.

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