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Les Cris, la suite

Les Cris, la suite

Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


L'histoire oubliée des raflés de Villeneuve

Publié par Les Cris, la suite sur 16 Janvier 2017, 14:38pm

Catégories : #En savoir plus sur ...

 

 

« Dans ce pays de fenêtres étranges

Il fait trop nuit pour qu’un sanglot dérange

Les jardins clos qui sont des cœurs murés

Tout est de pierre et tout démesuré

Dans ce pays de fenêtres étranges

La lune est restée au détour des toits

Où le Moyen-Age étoilé chatoie

De tous les côtés des tours et des tours

Sauf un rayon pris au puits dans la cour

La lune est restée au détour des toits (…) »

 

Voici les premiers vers du poème Le médecin de Villeneuve écrit par Louis Aragon (1897-1982). Nelcya Delanoë, intriguée par ce poème évoquant une rafle survenue en août 1942 à Villeneuve-les-Avignon, apparemment ignorée de tous, décide de chercher à en savoir davantage sur cet évènement.

Nelcya Delanoë est une Ethno-historienne, spécialiste des minorités aux États-Unis, une traductrice et une écrivaine française. Agrégée d'anglais, elle a été professeure à l'université de Paris X-Nanterre et a enseigné aux Etats-Unis.

Cette écrivaine, née en 1941 à Casablanca (Maroc), est venue au lycée Jean Vilar pour nous présenter son livre, un travail de recherche et d’écriture qui a tout de même duré 3 ans, publié en 2013 sous le titre D’une petite rafle provençale…(Le Seuil) (et en prêt au CDI).

L’enquête historique elle-même porte sur deux « rafles provençales ». L’auteure se retrouve un jour, par hasard, en possession du poème Le médecin de Villeneuve, écrit en août 1942, dans lequel Louis Aragon y dénonce « le temps des Pastoureaux », une allusion évidente aux massacres de Juifs perpétrés en France en 1320. Censuré par le régime de Vichy (1940-1944), ce poème n’est publié que l’année suivante dans une revue suisse.

Aucun témoignage oral disponible, elle explore alors archives, registres et dossiers de police de l’époque. Les témoignages oraux sont difficiles à recueillir, sûrement en raison de souvenirs douloureux (et honteux) impossibles à partager… Elle parvient tout de même à trouver la liste dans les archives de la police des dix juifs étrangers visés par cette rafle du 26 août 1942 sur la commune de Villeneuve-les-Avignon. Il faut préciser que les Juifs, Français et étrangers, avaient l’obligation de se faire « recenser » c’est-à-dire faire enregistrer leurs noms, prénoms et adresse auprès des autorités du régime de Vichy.

Ses recherches complémentaires la mettent sur la piste d’une seconde rafle, qui a eu lieu le 17 juillet 1943 et dont personne n’a jamais eu connaissance. Cette dernière est menée par des organisations mafieuses locales en relations avec la police allemande et les autorités de Vichy. Nelcya Delanoë peut établir la liste des personnes victimes de ces arrestations et leur itinéraire de déportation. Elles sont raflées puis transférées dans un camp d’internement à Nîmes (l’un des 14 du Gard), puis vers le camp d’internement et de déportation d’Aix-Les-Milles puis vers le camp d’internement de Drancy et enfin déportées vers le camp d’extermination d’Auschwitz.

Pour faire face à ces persécutions envers les Juifs français et étrangers, certains habitants de Villeneuve résistent et décident de les aider, eux et leurs familles, en dépit des risques qu’ils encourent. L’aide est parfois passive, elle consiste à garder le silence par exemple. Elle est parfois active à fabriquer de faux papiers, à les cacher ou à communiquer de fausses adresses aux forces de l’ordre.

Son livre D’une petite rafle provençale… dévoile la complexité de la vie sous le régime de Pétain dans un village du Gard situé en « zone libre » pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son travail nous replonge dans la période des « années noires » de Vichy et de l’occupation et la frénésie législative anti-juive de l’administration de Vichy qui empile les textes, les ordonnances et les circulaires pour prescrire, interdire ou simplement préciser les écrits antérieurs.

Par la même occasion, ce travail de micro-histoire met en évidence les difficultés de mener une enquête sur des évènements survenus il y a plus de 70 ans et ses croisements, inattendus, avec la vie de l’auteure.

Elle conclue son intervention par cette question : « si j’avais été juive à ce moment-là, serais-je allée me faire recenser malgré l’obligation qui leur était faite ? »

Mallaury B., Alexandra I.

 

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