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Les Cris, la suite

Les Cris, la suite

Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Truffaut contre Godard ?

Publié par Les Cris, la suite sur 1 Mars 2017, 10:26am

Catégories : #Le Café des Artistes

La période de la « nouvelle vague » qui débute à la fin des années 1950 signe en grande partie le renouveau du cinéma d'auteur français. Intéressons-nous à deux des cinq pères fondateur de la « nouvelle vague », François Truffaut (1932-1984) et Jean-Luc Godard (né en 1930)(tous deux représentés en couverture de numéro), critiques de cinéma et rédacteurs de la revue « Les  Cahiers du Cinéma » avec Claude Chabrol, Jacques Rivette et Éric Rohmer.

Aujourd'hui, en parlant de la « nouvelle vague », les réalisateurs ou les cinéphiles se situent soit par rapport à Godard ou soit par rapport à Truffaut, sans jamais citer d'autres nom. Ils ne se fient qu'à ces deux figures en oubliant de mentionner Alain Resnais, Jean Renoir, Louis Malle, Jerzy Skolimowski, Jacques Demy, Jacques Rozier, Alfred Hitchcock, Federico Fellini ou bien Pier Paolo Pasolini …

Alors pourquoi Godard ? Pourquoi Truffaut ? Parce qu'aucun des deux n'est la négation des noms précédents. Ils sont la négation de l'un et de l'autre.

Alors faut-il choisir ? Plutôt Truffaut ou Godard ? Est-il si différent de se demander s'il on est plutôt Keaton que Chaplin ou John Ford plutôt que Howard Hawks ? Car ces oppositions de personnes ne recoupent que des choix cinématographiques dûment déterminés dans un cas au burlesque, dans l'autre au western. Le duel Truffaut / Godard n'est pas non plus qu'une affaire de conception esthétique. Il renvoie à un choix philosophique entre deux manières de penser, du même ordre aussi que celui entre Jean-Paul Sartre et Raymond Aron. Mais le vrai parallèle, s'il en faut un, serait plutôt à faire avec le couple Sartre / Camus, le décès de ce dernier  étant survenu alors qu'il avait à peu près le même âge que celui de Truffaut au moment de sa disparition. Sartre ou plutôt Camus ? Je ne vois pas une contradiction si forte entre eux qu'il me faudrait nécessairement choisir l'un contre l'autre. J'aime autant et Camus et Sartre.

Quant à Godard et Truffaut, il est possible de les apprécier aussi tous les deux, si l'on se contente d'aimer leurs films. Mais sous leurs noms respectifs, on peut regarder plus que leurs œuvres : ce qu'ils représentent – des idéaux types auxquels on peut se référer pour s'orienter dans l'existence et dans la pensée. Pourquoi ? Parce que leurs conceptions et leurs pratiques du cinéma s'identifient très intimement à la conception du monde et des autres. Que cette place soit liée à leurs vies respectives n'y est pas pour rien non plus. Aussi choisir l'un plutôt que l'autre c'est faire un choix existentiel qui engage au-delà des goûts esthétiques.

C'est grâce aux personnalités du passé que nous pouvons avoir un regard sur celles du présent. Libre à chacun de choisir lesquelles car on ne saurait en avoir qu'une seule. Pour ma part je pourrais citer, Eric Satie, Andreï Tarkovski, Bela Tarr, Francis Bacon ou bien Walter Benjamin. Il en résulte que, choisir, c'est toujours choisir son camp, c'est tourner une personnalité quelconque... contre une autre.

Truffaut, humaniste, nous offre une vision « Doinelienne » des relations avec autrui. Être du côté de Truffaut, c'est reconnaître la nécessité d'une action sur le monde, c'est faire le partage entre la création artistique, scientifique ou culturelle et la société. Le cinéma de Truffaut est moins le reflet de son temps que celui de Godart. Truffaut accompagne son personnage et suit son parcours jusqu'au terme de sa course, vers la mer par exemple, par l'arrêt sur image de Doinel (joué par Jean-Pierre Léo) face à la caméra qui clôt les « 400 coups ». Doinel personnage que Truffaut développe et suivra dans cinq films : « Les 400 coups », « L'amour à 20 ans », « Baiser volé », « Domicile conjugal » et « L'amour en fuite ».

Aussi conserve-t-il les ressorts du cinéma traditionnel, la narration et la recherche de l'émotion. Truffaut lui-même assume le caractère narratif de ses films. Il s'inscrit dans la continuité d'un cinéma qui raconte une histoire. Ce qu'il recherche c'est raconter d'autres histoires et surtout d'une manière nouvelle, plus proche de la réalité, privilégiant l’intérêt sur les personnages et leurs petits incidents quotidiens. C'est pourquoi il incarne un des versant phare du cinéma.

Godard quant à lui, a l'ambition de faire autre chose. Il veut bouleverser profondément le cinéma sans que l'on puisse dire cependant au moment où sort en salles son premier long métrage (en 1960), qu'il fait voler en éclat le récit. Ce qui viendra plus tard (notamment dans son dernier film « Adieu au langage »). En revanche, il est certain qu'il cherche déjà à le fissurer. Dans « À bout de souffle » (1960) ou bien dans « Pierrot le fou » (1965), il raconte une histoire émaillée de péripéties et reliées entre elles par un fil très distendue. Il y intègre une discontinuité dans la trame narrative et scénaristique. Les personnages ont de ce fait moins de densité et les émotions sont mises à l'écart.

Godard veut révolutionner le récit, non pas sur le développement de certains personnages ou bien de certaines actions mais sur une nouvelle forme cinématographique, c'est-à-dire principalement le montage. Il incarne le versant moderne de la « nouvelle vague » avec l'invention de nouvelles figures de style cinématographique, par exemple le « jump-cut ».

Ainsi domine chez Truffaut l'intrigue, les personnages et l'intérêt pour la narration, mais aussi la prise en considération des autres. Chez Godard domine, la technique, l'expérimentation, la forme et l'intérêt pour les citations mais aussi le côté froid de sa personnalité car Godard c'est être contre « tout contre ».

Jules B. (article publié dans Les Cris n°17)

 

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