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Les Cris, la suite

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Le blog du journal du lycée Jean Vilar VLA


Jane Evelyn Atwood, Photographe

Publié par Anouk R. sur 6 Mars 2013, 12:04pm

Catégories : #Le Café des Artistes

Jane Evelyn Atwood, Photographe

''La photographie c'est un art charmant et abominable''. Julien Duvivier

Jane Evelyn Atwood fait partie de ces artistes engagés, infatigables observateurs du monde, qui saisissent la vérité de la nature humaine et la dévoile dans toute sa dureté et son atrocité. Là où Picasso s'empare de ses pinceaux pour dénoncer la sanglante guerre d'Espagne, là où Billie Holiday chante le désespoir des Noirs Américains, Jane Atwood se saisit de son appareil photo pour immortaliser notre société contemporaine tout autour du globe...

Née en 1947 à New-York,elle réalise en 1975 sa toute première série de photographies avec pour sujet un groupe de prostituées parisiennes. A force de patience et d'humanité, elle réussit à se faire accepter parmi elles et photographie ces ''filles de joie'' comme on les appelle, si attachantes et pourtant invisibles (les clichés sont rassemblés dans le recueil Rue des Lombards).

Peu après, elle s'intéresse aux enfants aveugles, et la force de ces photos lui vaut l'attribution d'une bourse de la fondation W. Eugène Smith. Jane Atwood se penche par la suite sur divers sujets qui la touchent profondément et, avec une méthode qu'elle qualifie elle-même ''d'obsessionnelle'', réalise pour chacun d'eux une série de photographies. Elle ne met un terme à une série que lorsqu'elle estime qu'elle est allée au plus profond du sujet, au bout de la relation qu'elle entretenait avec lui, et que ses photos traduisent parfaitement ses émotions.

Elle a par exemple consacré une série de photos à Jean-Louis, atteint du SIDA, qu'elle a suivi durant quatre mois jusqu'à sa mort en 1987. Ces photos tout en dignité constituent les premières images de la maladie, jusqu'à lors très peu médiatisée. Le public découvre pour la première fois la souffrance quotidienne des malades, il met un visage sur les termes médicaux des médias et les photos y insufflent une dimension humaine.

Jane Atwood a également réalisé une série sur l'après-séisme en Haïti. Sans misérabilisme ni larmoiements, elle photographie en couleur les gens, la vie qui revient peu à peu. Refusant de s'arrêter à la misère et l'insalubrité, elle met en exergue la dignité et la détermination de ces personnes qui reconstruisent inlassablement leur quotidien.

L'une de ses plus grandes entreprises est sans doute la réalisation du reportage Trop de peines : Femmes en prison, qui durant dix ans la mena dans les prisons du monde entier pour photographier les femmes incarcérées. Au sein des centres carcéraux les plus rudes de France, d' Europe de l'est et des Etats-Unis, jusque dans les ''couloirs de la mort'', elle dresse le portrait de ces condamnées oubliées: les crimes trop souvent commis contre des hommes violents, les cellules minuscules et insalubres, une intimité et une féminité niées, les baisers et sourires furtifs du parloir, la force nécessaire à la survie, l'endurcissement qui transforme peu à peu les visages, les innombrables tentatives de suicide, les derniers pas avant l'exécution...

Entre éblouissement et saisissement, les clichés de Jane Evelyn Atwood nous livrent la réalité brute et sans artifice, où rien n'est édulcoré ni exagéré. Loin de répondre à une quelconque quête d'esthétisme, elle réalise au travers de ses photos une véritable rencontre avec l'Autre, ces individus marginalisés et oubliés. Prostituées, malades du SIDA, victimes de mines anti-personelles, aveugles, détenues, réfugiés du Darfour, peuple haïtien... Tous existent enfin dans son objectif, par des regards et des gestes saisis sur l'instant, et pour lesquels les mots deviennent inutiles. Suspendu entre espoir et désespoir, détermination et abattement, joie et peine, l'intolérable nous est montré dans toute son humanité...

http://www.janeevelynatwood.com/

Anouk R.

No legs, one arm, one child (D.R.)

No legs, one arm, one child (D.R.)

Accouchement, en prison, d'une femme menottée (D.R.)    NB : Avis à ceux qui considéreraient encore la photographie comme un art mineur : sachez qu'après la publication du cliché de cette femme accouchant menottée, de nombreux états américains ont proscrit cette pratique …

Accouchement, en prison, d'une femme menottée (D.R.) NB : Avis à ceux qui considéreraient encore la photographie comme un art mineur : sachez qu'après la publication du cliché de cette femme accouchant menottée, de nombreux états américains ont proscrit cette pratique …

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